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Toujours réinterpréter notre ADN créatif

De la cave de la maison familiale de Saint-Germain Laval dans la Loire à la place Vendôme,
Philippe Tournaire a conservé une signature créative et artistique qui fait la renommée de la maison de joaillerie qui porte son nom. Depuis 2008, son fils Mathieu, tout aussi créatif et
autodidacte que lui, l’a rejoint dans l’aventure entrepreneuriale.

« Nous n’avons jamais voulu être une bijouterie parmi d’autres. Mon père Philippe a créé un style Tournaire qui attache une grande importance à la symbolique pour raconter des histoires. Nos bijoux sont offerts aux occasions importantes de la vie. Je conserve cet ADN. Tournaire est une des rares marques de luxe françaises à fabriquer, dans ses propres ateliers, ses pièces de joaillerie de A à Z », raconte Mathieu Tournaire. Philippe Tournaire décroche son poinçon en 1973. Sans formation et même sans modèles, « il n’y a pas de bijouterie à Saint-Germain-Laval à l’époque »,
il fabrique, dans la cave de ses parents dans la Loire, des bijoux pour ses copains, en regardant des photos et en lisant des livres. En 1984, l’opportunité d’ouvrir une boutique dans le département, à Montbrison, marque le début de l’aventure. «Le succès devient régional», relate son fils. Le fondateur ouvre alors une bijouterie rue Édouard-Herriot à Lyon en 1999. Puis il fait son entrée dans la cour des grands, en 2004, en allant à
Paris. Philippe Tournaire choisit… la place Vendôme! «Nous disposons aujourd’hui de 130 m2 place Vendôme, c’est la même boutique, agrandie en 2013…»

Transmission des savoirs
À partir de 2008, le fils donne la main au père, les mercredis, les week-ends et pendant les vacances scolaires. « J’ai étudié l’histoire et l’anthropologie, dévoile Mathieu Tournaire. Instituteur auprès d’enfants handicapés pendant deux ans, je me suis vite rendu compte que je ne m’épanouirais pas dans cette fonction. » Alors, un jour, il demande à son père s’il peut venir travailler avec lui. À temps plein. Pour laisser s’exprimer sa propre créativité. « J’avais 27 ans. J’ai appris les bases du métier avec mon père et ses collaborateurs. J’ai obtenu un diplôme en gemmologie en 2011. » Cette méthode de transmission des savoirs et des gestes techniques est d’ailleurs toujours en vigueur dans l’entreprise. «Nous accueillons désormais des personnes attachées à notre territoire, dotées d’un savoir-être et d’un bon état d’esprit, et nous les formons en interne », assure Mathieu Tournaire. Depuis plus de dix ans, c’est lui qui est à l’origine de la patte artistique de la maison. Il en est aussi devenu directeur général en 2017, puis président en 2022.

Jouer la carte «décalée»
Le groupe abrite Philippe Tournaire SA qui détient l’atelier et la boutique de Montbrison ainsi que celle de la place Vendôme, la boutique lyonnaise devenue indépendante lors de son déménagement rue Childebert en 2017, et 3D Fonderie, créée en 2020 à Savigneux, pour réaliser des pièces principalement en bronze à destination des marchés de l’orfèvrerie, de la décoration, des arts de la table, de la mode… Le chiffre d’affaires consolidé de la société s’élève à six millions d’euros en 2024, pour une cinquantaine de salariés. «Notre métier est fortement impacté par le cours
de l’or. Il ne faut pas mettre tous nos œufs dans le même panier…» Cette organisation permet aux Tournaire père et fils d’accentuer leur carte « décalée ». « Notre avenir passe par le développement de nos trois boutiques, le déploiement de notre potentiel auprès d’un réseau de bijoutiers revendeurs, et des partenariats avec de grandes marques de luxe », confie Mathieu Tournaire. Qui a, par exemple, collaboré avec La Cornue en créant des pièces en bronze originales pour un piano de cuisine ; mais aussi avec BIC afin de pimper les célèbres stylos 4 couleurs et Cristal en travaillant des matières nobles. «Le challenge aujourd’hui est de toujours réinterpréter notre ADN créatif. J’aime dire que je suis dans une continuité différente par rapport au travail de mon père…»

Notre expert-comptable

«Mon père et moi sommes des créatifs. Nous sommes épaulés par une comptable en interne, mais l’analyse et les conseils de notre expert-comptable sont essentiels. Celui-ci a aussi eu un rôle très important à deux moments charnières de la vie de l’entreprise. En 2017, quand mon
père s’est séparé douloureusement de son associé et que j’ai pris la direction générale, nous avions besoin d’un nouvel expert-comptable qui nous rassure et nous soutienne. Et en 2022, alors que je deviens président du groupe, notre expert-comptable entre aussi au sein de la famille pour travailler sur la succession. Il s’implique comme si c’était son entreprise et c’est très important pour nous. »